Depuis l’an 2000, j’exerce mon métier de graphiste 3D en freelance. J’ai connu l’époque où l’on calculait des rendus image par image sur des machines poussives, bien avant l’arrivée des GPU modernes et de l’intelligence artificielle. Mais au-delà de la technique, j’ai surtout appris une leçon financière fondamentale que personne ne vous enseigne en école d’art ou de management : le freelance est un athlète de haut niveau dont la sécurité financière ne dépend que de lui-même.
Contrairement au salarié, personne ne cotise pour nous au-delà du strict minimum légal. Nous n’avons pas de congés payés, pas de prime de licenciement, et notre retraite par répartition sera, au mieux, symbolique. Investir son argent quand on est freelance n’est donc pas un luxe de riche, c’est une stratégie de survie et d’émancipation.
Dans ce guide de plus de 2000 mots, je vous livre ma stratégie concrète, mes succès, mais aussi mes erreurs, pour transformer votre chiffre d’affaires en un patrimoine résilient capable de vous offrir une véritable liberté.
1. Pourquoi l’investissement est-il le deuxième métier du freelance ?
Le statut d’indépendant offre une liberté géographique et créative inégalée. Cependant, il repose sur un modèle fragile : l’échange de temps contre de l’argent. Si vous tombez malade, si vous partez en vacances ou si un secteur (comme la 3D ou la tech) subit une crise, vos revenus s’arrêtent net.
Sortir du modèle « Temps vs Argent »
Investir, c’est acheter du temps futur. Chaque euro placé dans une SCPI, un ETF ou un projet de crowdfunding est un « employé virtuel » qui travaille pour vous 24h/24, sans jamais prendre de pause. L’objectif pour un freelance est de décorréler progressivement son niveau de vie de ses heures facturées.
Pallier l’absence de protection sociale
En tant que freelance (que vous soyez en auto-entrepreneur, SASU ou self-employed), vous êtes votre propre DRH. L’investissement doit remplir trois rôles :
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Le filet de sécurité : Pour pallier l’absence de chômage.
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Le fonds de prévoyance : Pour financer votre propre protection en cas d’arrêt.
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La retraite par capitalisation : Pour ne pas dépendre d’un système public incertain en 2040 ou 2050.
2. La gestion de la trésorerie : Optimiser l’argent « dormant »
Un freelance manipule constamment de l’argent qui ne lui appartient pas : la TVA, les provisions pour cotisations sociales et l’impôt sur le revenu. Souvent, cet argent dort sur un compte courant pendant des mois. Avec une inflation moyenne à 2 ou 3 %, laisser 50 000 € dormir sur un compte pro revient à perdre 1 500 € de pouvoir d’achat par an.
La stratégie de la « Poche Court Terme »
L’idée n’est pas de spéculer avec l’argent de l’Urssaf, mais d’utiliser des supports liquides et sécurisés.
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Comptes à vue rémunérés : Des solutions comme Wise permettent de conserver des devises tout en percevant des intérêts.
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Stablecoins (Crypto-actifs stables) : Pour les profils plus avertis, utiliser Nexo pour placer des euros convertis en EURx permet d’obtenir des taux souvent supérieurs aux livrets classiques, avec une disponibilité immédiate.
Provisionner pour le matériel
En 3D, le matériel (RTX 4090, processeurs i9) coûte cher et s’amortit vite. Investir sa provision pour renouvellement de matériel permet de réduire le coût réel de ses futures machines.
3. L’immobilier pour freelances : Contourner le refus bancaire
C’est le point noir de notre statut : sans trois bilans exceptionnels, la banque refuse souvent le crédit immobilier. Pourtant, l’immobilier reste le pilier préféré des Français pour se constituer un patrimoine.
Le Crowdfunding Immobilier : La solution agile
C’est ici que j’ai placé une part importante de mon capital (environ 150 000 €). Le principe est simple : vous prêtez de l’argent à un marchand de biens ou un promoteur pour une durée courte (12 à 36 mois) en échange d’un intérêt annuel entre 8 % et 12 %.
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Avantages : Pas besoin de crédit, ticket d’entrée dès 100 €, rendement élevé.
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Plateformes conseillées : La Première Brique, Maclear, Lendermarket.
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Risque : Le défaut de l’opérateur. Il faut donc diversifier sur des dizaines de projets.
Les SCPI (Pierre-Papier)
Pour le long terme, les SCPI permettent de devenir propriétaire de bureaux ou de commerces sans gestion locative. C’est idéal pour un freelance qui veut des revenus complémentaires trimestriels sans avoir à gérer des locataires entre deux rendus 3D. J’ai personnellement investi plus de 400 000 € dans ce secteur pour stabiliser mes revenus.
4. Bourse et ETF : Créer sa propre retraite par capitalisation
La bourse est souvent perçue comme un casino. C’est une erreur de perception. Sur le long terme (10-15 ans), le marché action mondial progresse en moyenne de 7 à 8 % par an.
Pourquoi les ETF sont parfaits pour les indépendants ?
Un freelance n’a pas le temps d’analyser des bilans comptables de sociétés individuelles. Les ETF (Exchange Traded Funds) sont des paniers d’actions qui répliquent un indice (comme le S&P 500 ou le MSCI World).
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Passivité totale : Vous achetez une fois par mois et vous laissez fructifier.
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Frais minimes : Contrairement aux fonds bancaires, les frais sont quasi nuls.
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Plateformes : J’utilise Interactive Brokers (IBKR) pour sa solidité et sa dimension internationale, ainsi que Trading 212 pour sa simplicité.
Le PEA vs le Compte-Titres
Si vous êtes résident fiscal français, le PEA est votre meilleur ami grâce à son exonération d’impôt sur les gains après 5 ans. Pour les expatriés ou les stratégies plus larges, le compte-titres ordinaire (CTO) offre une liberté totale sur les marchés mondiaux.
5. Fiscalité : Investir en nom propre ou via sa société ?
C’est la question que l’on me pose le plus souvent : « Grégory, dois-je investir avec l’argent de ma boîte ou me verser un dividende pour investir personnellement ? »
L’investissement via la société (IS)
Si vous avez une SASU ou une EURL à l’IS, laisser l’argent dans la société permet d’investir le capital brut (avant impôt sur le revenu). C’est très puissant pour le crowdfunding ou les comptes-titres de société. Cependant, la fiscalité à la sortie (quand vous voudrez récupérer l’argent pour vous) peut être lourde.
L’investissement personnel
Se verser l’argent (via la flat tax ou le statut d’auto-entrepreneur) permet d’alimenter son PEA ou son Assurance-Vie. L’argent vous appartient alors définitivement, mais vous avez « perdu » une partie du capital au moment du versement des cotisations et impôts.
6. Sécurité et « Cartons Rouges » : Apprendre de mes erreurs
J’ai commencé à investir sérieusement en 2016. Si je suis aujourd’hui à la tête d’un patrimoine de plus d’un million d’euros, tout n’a pas été simple. La quête de liberté financière est parsemée de pièges.
Le danger des plateformes opaques
Certaines plateformes de « tokenisation immobilière » ou de rendement crypto promettent la lune mais reposent sur des structures juridiques fragiles ou des fondateurs aux intentions douteuses.
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Mon avis sur RealT : Bien que populaire, je considère aujourd’hui cette plateforme comme à haut risque. Le manque de transparence et les doutes sur l’éthique des dirigeants m’ont poussé à retirer ma confiance. En tant que freelance, vous travaillez dur pour votre argent ; ne le confiez pas à des structures qui ne présentent pas toutes les garanties de régulation (AMF ou équivalents sérieux).
La règle d’or : La diversification
Ne mettez jamais plus de 5 % de votre patrimoine sur une seule plateforme de crowdfunding ou sur une seule crypto-monnaie. La diversification est votre seule assurance gratuite contre la faillite d’un acteur du marché.
7. Plan d’action : Par quoi commencer ?
Si vous êtes freelance et que vous partez de zéro, voici l’ordre de priorité que je conseille :
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L’Épargne de précaution (3 à 6 mois de dépenses) : Placée sur un support liquide (Wise, Livrets). C’est votre « fonds de sérénité » face aux clients difficiles.
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L’ouverture d’un PEA ou d’un Compte-Titres : Commencez à acheter des ETF World, même pour 100 € par mois. C’est la régularité qui compte.
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Le Crowdfunding immobilier : Pour dynamiser votre rendement global une fois que vos bases sont solides.
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La Crypto-monnaie (Optionnel) : Limitez cette poche à 5 % de votre capital total pour le « piment » technologique.
Conclusion : Le mindset du Freelance Investisseur
Investir quand on est freelance, c’est accepter que notre talent créatif ne suffit pas à garantir notre futur. En devenant proactif sur vos finances, vous supprimez le stress du « mois prochain » et vous vous offrez le luxe ultime : pouvoir dire non à un client toxique ou à un projet inintéressant.
Depuis Maurice, je continue de piloter mes actifs tout en exerçant ma passion pour la 3D. Ce n’est pas une question de chance, mais de discipline. Le meilleur moment pour investir, c’était il y a 10 ans. Le deuxième meilleur moment, c’est aujourd’hui.
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